Partage Bretagne

UN ANCIEN MALADE DEVENU RESPONSABLE D’UN CENTRE DE LA SAINT CAMILLE

Béninois, je suis parti en Côte d’Ivoire en 2007, à 24 ans, pour étudier et travailler. Ma grande sœur m’a accueilli à Abidjan. J’ai travaillé comme comptable dans une grande entreprise, la Sicomex, qui vend de l’électro-ménager.  J’ai pris des cours du soir pour obtenir un DESS (bac + 5) « Audit et contrôle de gestion ». Je suis devenu chef comptable, avec une bonne rémunération.

Mais, en 2011, après 4 ans et 3 mois en Côte d’Ivoire, le grand magasin avec escaliers roulants a été pillé et incendié par des centaines de jeunes qui ont tout saccagé, y compris la maison où j’habitais. Alors, j’ai travaillé dans une succursale près de Marcory.

Suite au traumatisme, la maladie a fait son apparition : j’étais fatigué, tendu. Quand je voyais des personnes qui parlaient, je pensais qu’elles étaient en train de comploter contre moi.  Mon travail est devenu moins efficace. Je tenais des propos incohérents.  Le 1er novembre, je ne suis pas allé au travail, je pensais qu’ils voulaient me tuer. Je ne savais pas que c’était la maladie mentale.

Mes patrons libanais sont venus me voir à la maison. Ils m’ont expliqué qu’un sort m’avait été jeté par une femme, que je pourrais être lavé en écrivant sur un papier qui serait jeté dans la mer… J’ai eu peur de cette sorte d’initiation pour entrer dans une secte, qui m’était proposée et qui m’a encore plus traumatisé. J’ai refusé.

Je me suis mis à prier Jésus-Christ à la maison. Ma sœur m’y encourageait. Suite à la destruction de sa maison, nous habitions dans un hôtel. La prière entraînait encore plus de délire. J’ai tenté de me suicider, mais la corde n’a pas résisté. Quand ma sœur est arrivée, j’ai pleuré. J’ai demandé à aller chez mon père, décédé depuis des années.

Ma sœur, mon beau-frère et moi, sommes revenus à Cotonou. J’ai consulté un psychiatre privé qui m’a donné des comprimés. Je me suis rétabli. J’ai arrêté le traitement. Je suis reparti en Côte d’Ivoire où j’ai rechuté quelques semaines plus tard.

Mon beau-frère a fait appel à un pasteur. J’ai été pris de force. Je me suis retrouvé les mains et les pieds attachés. Cela faisait très mal. J’ai supplié : « Je demande pardon. Pitié, détachez-moi ». On m’a demandé : « Vas-tu rester calme ? » -- « Oui ». On m’a alors détaché. Le pasteur m’a ordonné de le suivre en taxi vers son lieu de culte distant d’un kilomètre, en recommandant « jeunez, priez, veillez ». Je lui ai dit : « Non, je pars » Il a essayé de me retenir. J’ai couru, il m’a rattrapé et ramené. Trois jours plus tard, je me suis enfui.

Je suis retourné chez ma sœur en Côte d’Ivoire.  Une réunion de famille a décidé de m’envoyer au Bénin chez les charlatans : j’ai refusé. J’ai promis de me maitriser, alors que j’étais en rechute. Pendant l’année 2012, j’ai donc vécu dans la maison de ma sœur, allongé par terre, sans me laver, presque sans manger. La maladie était comme un poids sur moi. J’étais très maigre, très faible, j’avais du mal à m’exprimer.

Mon grand frère a fait appel à la St Camille qui est venue me chercher. Une injection calmante. Je me suis endormi aussitôt. Le lendemain, je me suis retrouvé sur un lit au centre d’Avrankou. On m’a demandé si je voulais manger. On m’a donné de la bouillie. On m’a tout expliqué. On m’a prodigué des soins pendant 7 mois. Ma maman et ma sœur sont venues me voir au centre. Leur visite m’a redonné confiance en moi. J’ai pu quitter le centre pour aller habiter chez ma maman à Cotonou. Pendant un an et demi, j’ai travaillé comme agent de comptoir dans l’entreprise de mon frère. Je vendais des billets d’avion.

Mais, j’ai encore arrêté le traitement et le même scénario s’est reproduit : je ne pouvais plus travailler. J’ai quand même continué à manger. La St Camille est revenue me prendre et m’a ramené dans le même centre. Au bout de quelque temps, j’ai pu aider à la comptabilité et rendre service à l’administration. Je savais que Grégoire admirait mon travail. Un jour, il m’a annoncé que je pouvais être directeur d’un centre de la St Camille. J’ai sauté de joie.

Un mois et demi plus tard, j’ai commencé mon nouveau travail de responsable de centre, heureux de la confiance qui m’a été faite, heureux de travailler comme tout le monde. C’est une grande responsabilité. Je suis moins au service direct des malades. Je suis plus au service du personnel.

Aujourd’hui, je suis volontaire pour raconter mon histoire. Suite à mon expérience de maladie, traitements, rechutes, je prends un comprimé tous les jours et reçois une injection tous les mois.